jeudi, 01 mai 2008

Economie


podcast

Au moment de rendre notre dernier souffle, que ne donnerions-nous pas pour gagner une année, un jour, une heure, une année pour voir notre petit fils entrer à l'université, un jour pour tenter de nous réconcilier avec un proche avec lequel nous nous sommes brouillés, une heure pour écouter une dernière fois cet album de Genesis découvert lorsque nous avions treize ans. Treize ans, une vie antérieure.

Combien d'années pourtant, combien de jours, combien d'heures, sans voir, sans écouter, sans jouir de tous nos sens de notre présence au monde?

Alors, lors de trop rares prises de conscience (un décès par exemple fournit l'occasion de ce genre de prises de conscience), nous tentons de revenir à l'essentiel, de "cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie", d'aimer au lieu de haïr, de profiter au lieu de saboter. Mais rapidement, et le silence de nos organes, et l'absence provisoire de la Mort (une salope très rusée), baissent le niveau de notre vigilance, et nous recommençons à nous prendre pour des dieux, à dilapider notre maîgre "fortune" (Fortuna, ae, f : le destin). Va expliquer à Simone criant sur Bernard parce qu'il a encore laissé traîner ses chaussettes sales que Bernard va mourir d'ici 20 ans d'un cancer du poumon et que cela relativise quelque peu l'importance du constat d'après lequel Bernard serait un crade doublé d'un phallocrate. Dis à Simone, alors qu'elle est rouge de colère : "Va tout de suite faire un petit bisou à Bernard, parce que Bernard est un homme ; que tous les hommes sont mortels ; que donc, en toute logique, Bernard est mortel". Je pense qu'elle te répondra : "qu'il crève!" après t'avoir foutu un pain. Et tu sais ce que je pense? Que c'est drôle et que Simone a raison.

L'essentiel de l'homme est dans le superflu.