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dimanche, 27 avril 2008

L'antre de la folie


podcast
 

Samedi soir. J'ai été invitée à une soirée costumée chez une amie mais depuis mercredi (jour où elle m'a laissé le message sur mon répondeur), je n'ai pas réussi à réagir. Doucement, doucement, en ce moment j'aime bien prendre mon temps. Je relativise l'importance des occasions que je ne saisis pas, du travail que je n'effectue pas, des coups de fil que je ne passe pas, et de l'écoulement des choses. J'écoute le petit bruit qu'elles font, lorsqu'elles s'écoulent.

(Note bien que je n'ai pas dit "lorsqu'elles s'écroulent").

Je trouve ça joli, de loin, bien à l'abri.

C'est comme cette foutue robe tzigane que j'ai achetée : super belle dans la vitrine, absolument atroce sur moi. Elle sera très belle dans mon armoire...

Je suis allée pique-niquer dans un parc, avec Yacine, Ambrine, et mes deux enfants. Ils ont failli mourir quatre fois, écrasés par des voitures, des vélos, des métros.

C'était bien : ils ont survécu.

Et là je suis "là" parce que Jacques est allé se cuisiner deux kilos de pommes-de-terre.

(Et comme d'habitude, je n'ai absolument aucun "sujet" digne de ce nom).

J'écoute de la musique. "Pussy liquor" de Rob Zombie. L'autre fois, je ne sais plus quand, je m'imaginais les dernières choses que j'aimerais faire lors d'un voyage d'apprentissage, et parmi elles se trouve la singulière et pourtant irrépressible envie de porter un jean ouvert sur mes fesses nues (comme Baby dans "The house of 1000 corpses"). Je trouve ça assez dément de ma part de ne trouver que des détails de ce genre en me posant la question des dernières choses que j'aimerais faire avant de mourir. Ca manque quand même un peu d'ambition.

J'ai pris rendez-vous chez un psy. La veille, j'avais feuilleté le DSM IV. Il a une belle voix, au téléphone. J'ai apprécié le fait qu'il ne me demande pas pourquoi je désirais prendre rendez-vous. Je ne sais pas si je réusssirais un jour à faire la liste exhaustive des raisons qui m'ont poussée à le faire. Je n'ai même pas spécialement envie de lui parler : j'aimerais que ce soit lui qui parle, lui qui panse, lui qui ordonne et hop !

Ben voyons.

La folie n'est pas quelque chose qui peut se traduire, qui peut s'articuler dans un quelconque langage. N'importe quel délire désorganisé est bien plus rassurant, à partir du moment où il est articulé en mots, que ça. La folie est au-delà de tout ce qu'on peut en dire, au-delà de ce que le fou lui-même peut en dire. Ca t'explose la tronche et les entrailles justement parce que ça n'a aucun cadre. C'est une décharge électrique. Là est le problème, mon frère. Il y a ça, et je ne sais pas quoi en faire, où le mettre, et je ne puis le montrer ni l'articuler en mots.

Je suis très angoissée, mais je ne suis pas phobique. Je n'ai pas peur des gens, des grands espaces, de l'eau ou de l'altitude, par exemple. Je sais prendre la parole en public, je sais m'occuper d'enfants, réfléchir avec pertinence pour résoudre un problème simple ou complexe, bref...la machine est relativement "performante". Finalement, tant que je me trouve dans ce qu'on appelle communément "la réalité", et qui n'est en fait que notre contexte social, je me sens complètement "normale" et "adaptée". Tu m'entends bien : j'ai peur de choses qui n'ont pas de "réalité". Pour prendre une comparaison, j'ai davantage peur d'un vampire ou d'un zombie que d'un véritable danger (maladie, agresseur humain, accident de la route, etc...) D'ailleurs, quelqu'un qui m'aurait vu vivre sur du long terme dirait que j'ai, bien souvent, eu un comportement de "kamikaze", mettant ma vie en danger. Et pourtant j'ai peur, j'ai en permanence peur, mais j'ai peur de ce moment où je bascule hors de la réalité, où je me fais aspirer par cet espèce de gouffre béant et noir de mes propres cauchemards. La comparaison avec le vampire ou le zombie est une comparaison imparfaite encore, parce que ces deux types d'entités appartiennent à des catégories précises et obéissent à certaines lois (ainsi ces deux créatures ne peuvent supporter la lumière du jour). Elles ne sont rien en comparaison de ce chaos radical qui me saccage régulièrement (au moins une fois par mois) aussitôt que je me retrouve seule, complètement seule : c'est-à-dire aussi sans occupation. L'occupation (au sens large du terme : que ce soit une tâche à effectuer ou simplement une méditation), c'est comme une porte verrouillée entre ce chaos et ma conscience.

Mais même lorsque je suis occupée, ce truc, ce chaos, cette folie intérieure ou néantisation (pour faire la - fausse - savante) n'est pas un très bon voisin. Et il faut être de sacrée mauvaise foi pour ne pas l'entendre.

Tu sais, il essaie de rentrer à l'intérieur de ma "réalité", un peu comme Jack Nicholson dans "Shining" (avec une hache). Il est si fort qu'il a été systématiquement là lorsque je faisais l'amour par exemple. Pas quand il y a des mots, pas quand il y a langage, mais dans le silence d'une relation, il a toujours été présent.

J'écoute de la musique. Je parle ou j'écoute parler.

Ou alors je parle dans ma tête, j'invente des scenari, des schémas narratifs, des trucs construits, rationnels, vraisemblables, bienséants et tout le toutim. Tout pour ignorer le chaos qui règne dans mes fondements.

Des années et des années de sensation de siège permanent, des années et des années de sensation de SURVIE, avec tout ce que cela comporte de psychologiquement EPUISANT, des années et des années de trouille au ventre, de cris, de larmes et de grands moments de violence. Et personne ne voit ce que je vois, et personne n'entend ce que j'entends, et personne ne peut comprendre ce qui me terrasse à ce point.

La folie, c'est cela : c'est quand il n'y a personne.

 

 

Trackbacks

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Commentaires

Bien d'accord avec toi ...
Je t'embrasse.

Ecrit par : Kinishao | dimanche, 27 avril 2008

Que se passe-t-il? Pourquoi avoir explosé ton blog?

Ecrit par : Alm | dimanche, 27 avril 2008

Pour voir l'effet que ça fait ...
Non, "en vrai" (grande est ma maîtrise de la langue française ...), parce qu'il m'énervait et que j'avais besoin de changement.

Ecrit par : Kinishao | dimanche, 27 avril 2008

Oui.
En tant que grande spécialiste de l'explosion de blogs, je me permets de t'aviser que ce geste, symbolique, n'est nullement suffisant pour obtenir l'effet escompté.
Bon courage.

Ecrit par : Alm | dimanche, 27 avril 2008

Effectivement, ça ne change pas grand chose au problème de fond. Mais je n'y avais pas vraiment mis d'espoir, hein ...
Bon courage à toi aussi.

Ecrit par : Kinishao | dimanche, 27 avril 2008

j'ai aussi explosé mon blog pendant ton absence... mais pas d'issue, on n'en sort pas quand le pli est pris. C'est une déformation de l'esprit qui s'aventure, et dont le reflet, même pâle, est devenu nécessité. Il y a chez Beckett, que j'ai beaucoup fréquenté ces derniers temps, des vérités qui ne sont pas bonnes à dire :" Tant mal que mal, n'importe quoi d'autre ferait aussi mal l'affaire... Simplement être là de nouveau. Disparaître et réapparaître encore... Rater. Rater encore. Rater mieux." ... A part ça, j'attendais que tu reviennes, où aller ? Sloterdjik nous raconte de drôles de choses sur notre devenir humain. Et ce livre ?

Ecrit par : Caillou | dimanche, 27 avril 2008

Je vais me soigner, et bosser pour notre salut.
Mais tout d'abord, il faut que je me soigne.
(Nous devrions nous pencher sur la question avec Sancho vers la fin de l'année scolaire).

Ecrit par : Alm | dimanche, 27 avril 2008

La folie, c'est cela : c'est quand il n'y a personne.

c'est completement cela.

Ecrit par : Yael | dimanche, 27 avril 2008

(bonne nuit ma poulette. Je pense a toi, et merci pour ton mail)

Ecrit par : Yael | lundi, 28 avril 2008

Passe une bonne journée.

Ecrit par : Alm | lundi, 28 avril 2008

La folie chez moi, je crois que c'est quand il n'y a plus d'espoir...
Je crois que c'est alors tout ce qu'il me reste... En tout cas, c'est dans ces moments "désespérés" que me prend l'envie soudaine de pousser cette porte toujours entrouverte qui me sépare d'elle...
Elle est parfois bien tentante... Mais je ne la franchis pas...
Ma raison a toujours un dernier sursaut au bon moment...

Ecrit par : Opaline | mardi, 29 avril 2008

Puisse-t-il en être toujours ainsi pour toi, Opaline.
"Opaline" est un bien joli pseudo.
J'ai parcouru ton blog en passant d'agréables moments. Merci.

Ecrit par : Alm | mercredi, 30 avril 2008

Je l'espère aussi....

Et merci à toi pour mon tit blog et mon pseudo ;-)...
En fait, "Opaline" me vient d'un livre que j'ai beaucoup aimé ("Abyme" de Gaborit)... Dans cette histoire, on nous expliquait comment les démons y étaient invoqués, grâce à une ombre solaire... Mais il en est un de la race des Opalins qui a été invoqué avec un ombre lunaire... Et c'est de cet Opalin-là que j'ai tiré mon pseudo ;-) ...

Et pour ce qui est de passé d'agréables moments en parcourant des blogs, je peux te retourner le "compliment" (je le mets entre guillemets car c'est un mot que je n'aime pas beaucoup...) car le tiens, que j'ai découvert hier par hasard, m'a également permis d'en passé un ;-) ...

Bonne journée à toi ;-) ...

Ecrit par : Opaline | mercredi, 30 avril 2008

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