dimanche, 04 mai 2008
De mères en filles
"Je suis un Dieu jaloux qui punit l'iniquité des Pères sur les enfants jusqu'à la troisième génération"
Je la regarde, et je veux voir tout ce qui la distingue de moi. Quand elle est née, je ne voulais voir que l'air de famille avec son père ; aujourd'hui, je ne veux voir que Calypso. Et je l'imagine, telle une déesse, dotée d'une sagesse qui serait antérieure à notre rencontre et indépendante de mon enseignement (la signification symbolique de son prénom renvoie d'ailleurs à un secret ésotérique qui aurait été transmis à Ulysse). Et je l'admire, et je la trouve belle, tous les jours je le lui dis, "Calypso, tu es la plus belle de toutes les princesses du monde, Calypso, les mots me manquent pour exprimer l'émotion qui me submerge au moment où je contemple ton sourire", et quand elle me répond, très prosaïquement (comparativement à mon délire d'amour pour elle), que moi aussi je suis belle, que Doudou aussi est beau (elle parle là de son frère jumeau), que le chat est beau, je parviens à peine à me faire à cette idée saugrenue : les plus belles ne mesurent pas à quel point elles sont belles (ou encore : "ainsi, cela ne sert à rien d'être belle"). Quand même : que fait-elle du sublime kantien?
Elle le balaie depuis toujours en faisant caca dans la fontaine de l'école ou en se plongeant avec délices dans la boue, le sable, tous les trucs qui salissent, une vraie petite cochonne, une vraie petite rebelle, une anar précoce, du moins est-ce ainsi que je veux la voir (encore), moi qui essaie de l'influencer depuis son plus jeune âge pour suivre les traces de la chanteuse Nina Hagen. Et plus elle est trash, plus je l'admire, plus elle va loin, plus je l'admire, je rêverais d'avoir engendré la première femme (ou homme : c'est pareil) véritablement "libérée" (de l'homme, de Dieu, de la politique, de moi SURTOUT, de moi!!!) de toute l'histoire de l'humanité.
Elle s'est tenue debout sur ses pieds à trois mois, elle a marché à dix, elle ne fait que courir, sauter, escalader des trucs, au mépris du danger (et concrètement, elle se fait beaucoup moins de "bobos" que son frère), sa maîtresse dit qu'elle a "un piment dans les fesses", que "c'est quelqu'un" et je jubile, et je suis fière, fière si vous saviez, car ça...C'est tellement différent de moi. "Queen of the world", " Champion of the universe", "Bébé cow-boy" : ce sont les petits noms d'amour que je lui donne, comme si "Calypso" n'avait pas été suffisant...Et déjà je rêve de lui faire faire de l'athlétisme, de la comédie, de la plongée sous-marine...Rien ne me semble trop difficile pour elle, j'imagine le monde à ses pieds et je l'envie, non pas dans le sens malsain du terme (d'une mère qui regrette sa jeunesse : car je n'ai jamais eu son profil), mais dans le sens très serein de celle qui accepte de s'effacer devant le spectacle éblouissant de la puissance de la nature.
Voilà, j'ai fait là la phénoménologie de ma relation avec ma fille, j'ai essayé d'insister sur l'affectif, totalement délirant, totalement irrationnel de mon vécu (qui se base évidemment sur des faits réels - mais je suis beaucoup trop impliquée affectivement pour faire les contours de cette réalité). Je vais à présent passer aux signes manifestes de mon manque de discernement concernant ma fille, voire aux grosses bourdes ; mais il ne faut pas sous-estimer la force de cet irrationnel : et si je puis prendre du recul lorsque la belle Calypso dort tranquillement dans sa chambre, dis-toi bien que chaque conversation, chaque geste, chaque étape de mon éducation est en permanence menacée par ces automatismes irrationnels.
Tout d'abord, beaucoup de gens ( de la famille, des amis, mais aussi des "étrangers") prétendent que ma fille me ressemble. Vous me direz : une fois on me dit que mon fils me ressemble, une fois ça tombe sur ma fille, les gens sont ainsi structurés qu'ils se sentent obligés de jouer au jeu des ressemblances en cas de lien de parenté ( quand nous étions petits des gens trouvaient même des ressemblances physiques entre mon frère et mon beau-père, c'est pour dire). Sur la question de la ressemblance "innée", je ne veux pas trancher : je laisse aux généticiens (dont c'est le métier) le soin de s'exprimer sur ce genre de questions (mais je pars avec un a priori très fort en faveur d'une dominance de l'acquis - a priori que je ne cherche ni à revendiquer, ni à défendre, mais dont je fais simplement acte, m'ayant à plusieurs reprises "prise en flagrant délit" de négation forcenée de tout déterminisme biologique chez l'être humain). Cependant, force m'est de reconnaître que ma fille me ressemble...de plus en plus. Quoi de plus étonnant en effet? Déjà, elle est habillée et coiffée en fonction de mes goûts personnels. Ce détail peut prêter à sourire, mais j'irai encore plus loin : je ne sais pas coiffer ma fille autrement que comme ma mère me coiffait déjà (c'est-à-dire avec deux nattes).
Ma fille m'imite. Elle m'imite en tout. Elle est sans arrêt en train de comparer les vêtements que je porte aux siens par exemple ("J'ai les bottes, comme maman" ; "les collants de maman, ils sont beaux, Caly aussi elle a les beaux collants") et est particulièrement désappointée lorsque j'ai des choses qu'elle n'a pas (comme le vernis par exemple...Et je lui vernis souvent ses ongles lorsque je veux lui accorder un petit plaisir). Elle répète souvent, en imitant mon timbre de voix, les réprimandes que je fais à son frère (mais sur ce point je dois avouer qu'ils sont à égalité, ainsi que sur la manifestation d'émotions positives/négatives en présence des mêmes stimuli ; la valorisation/dévalorisation morale de certains actes de la vie quotidienne ; la valorisation/dévalorisation esthétique de certains objets artistiques - avec quelques différences qui sont elles-mêmes le produit d'autres adultes intervenant dans leur éducation : "Dora l'Exploratrice" par exemple ; ou bien "La danse des canards" ; etc...etc...L'exercice de l'esprit critique devrait venir compenser ultérieurement cet enthousiasme débordant à "suivre" - comme dirait Nietzsche, on imite surtout lorsque faible, on a peur des plus forts - mais quand même...LE LIBRE ARBITRE PART AVEC UN SACRE HANDICAP). Plus grave à mon sens : elle semble souvent guetter mon approbation (il n'y a rien de plus dangereux, à mon sens, que cette quête de l'approbation d'autrui qui peut vous gâcher une vie entière...), et je dirais que ces bonnes intentions à mon égard me paraissent bien plus récurrentes et puissantes que les moments oedipiens classiques où elle jubile de me crâmer sur l'autel de son jeune âge. C'est comme si elle se freinait pour attendre sa vieille maman (et en pratique, c'est ce qui ne saurait tarder d'arriver quand on songe à quel point je suis lymphatique et rêveuse/ à quel point elle est énergique et hyperactive).
Or, jusque dans cette crainte que j'ai pour ces moments de "fragilité" (comme lorsqu'elle est tombée amoureuse d'un "frappeur" à l'école ; comme lorsqu'elle joue "au cheval" avec son frère - c'est toujours elle le cheval), je passe à côté de ma fille, voulant à tout prix lui coller cette étiquette de "guerrière", de winner, de fille qui n'a pas le droit à la faiblesse. Sous couvert d'idolâtrie, j'empêche ma fille d'être comme toute fifille, comme tout homme même : c'est-à-dire dépendante (et dépendante aussi de mon amour). C'est trop facile de s'affubler de toutes les fragilités et de projeter sur l'autre toute la force, quand il s'agit de faire face à ses responsabilités. Je suis seule à l'élever, et mes connaissances, aussi imparfaites soient-elles, serviront de socle à son épanouissement futur. Elle a BESOIN de moi. Si je ne me montre pas ferme, assurée, sûre de ce que je lui transmets (sans pour autant tomber dans l'excès inverse de tyrannie), elle n'aura de cesse de me chercher, me chercher et me chercher encore...En se diminuant pour de bon cette fois. Et il se pourrait bien qu'au final, j'obtienne le résultat tant redouté : un parfait double de moi-même, parce qu'elle aura désespérément cherché, toute sa vie, à me prouver qu'elle n'était pas si différente de moi. Parce qu'elle aura cherché, toute sa vie, sa mère.
Et là, c'est évidemment en tant que fille que je parle. J'ai pensé à ma mère lorsque je me suis peint les ongles tout à l'heure ; j'ai eu cette fulgurance mnésique qu'il nous arrive parfois d'avoir, à l'occasion de stimuli sensoriels spécifiques (Cf "la petite madeleine" de Marcel Proust) ; j'ai vu ma mère se peindre les ongles. Oh bien sûr, vous me direz qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que deux femmes se peignent les ongles. Mais ce n'est pas tant le fait de se peindre les ongles qui est signifiant, mais bien plutôt cette étrange sensation que j'ai ressentie, lorsque je m'exécutais - c'était comme si elle n'était jamais partie. Sans parler du fait que je ne crois pas être par goût particulièrement coquette (mais pour l'heure, je ne suis plus sûre de rien me concernant, car si elle n'est jamais partie et qu'elle continue de vivre à travers moi, je suis où, moi? Je suis probablement celle qui écrit ces lignes, comme Descartes luttant contre son Malin Génie - toujours mieux que rien, mais quels prédicats ajouter à ce sujet?)
Je ne mentionne ici qu'un détail insignifiant, mais je pourrais, en exposant toutes les ressemblances entre ma mère et moi, non seulement dévoiler un inquiétant phénomène de reproduction (tantôt parfaitement assumé, tantôt complètement involontaire, voire "plus fort que moi"), mais de plus montrer une augmentation hyperbolique de ces points de ressemblance avec le temps (au détriment d'un effacement progressif de "ma personnalité" - un idéal régulateur). Inutile de préciser que si cette ressemblance m'apparaît comme terriblement menaçante, ce n'est pas tant parce que je voudrais faire "mon originale" et "ma philosophe" (en essayant de lutter de toutes mes forces pour le postulat de la liberté) : mais bien en raison de ses pulsions morbides, et de sa fin tragique (je rappelle qu'elle s'est suicidée). Et même lorsque je vais chez le psychiatre pour tenter de "faire quelque chose" contre cette souffrance, une partie de moi est rassurée de n'être pas folle, l'autre est déçue d'être différente.
Si ma mère est aussi présente dans ma vie, c'est parce que malgré notre très grande proximité, je ne l'ai jamais trouvée. Et un jour, elle m'a échappée pour de bon.
Me laissant seule, désarmée, démunie comme une petite Calypso qui "attend les ordres". Affectivement attardée. Pleurant parfois comme une madeleine (je le reconnais). Pas comme une femme mûre et responsable, à la démarche ferme et assurée.
J'essaie de prendre appui sur la seule chose qui m'appartient - ma faculté de raisonnement, mon goût pour la philosophie, qui la gonflait prodigieusement, elle qui avait la pensée associative et surréaliste. Tu sais : je prends appui sur cette tête d'épingle, comme Descartes sur le cogito. Le plus difficile, c'est vraiment l'affectif (tu sais, la peur de se casser la gueule).
Alors je regarde ma fille. Je vois ses petits yeux inquiets qui cherchent les miens, ses petits yeux attentifs à ma confiance. Je sens bien qu'elle attend, pour évaluer la situation, les signes de cette confiance et qu'à la moindre manifestation de panique, elle vacillera avec moi.
Et je me dis : "allons bon, j'y arrive bien avec son frère. Pourquoi? Parce que les mecs sont forcément plus fragiles que les filles?" (c'est encore une autre conséquence désastreuse de l'idéologie familiale, qui fait que je n'ai jamais rien demandé - de pragmatique et de concret - à un homme).
Alors, pour elle, je me sens prête à faire le voyage à l'envers. Redevenir la toute puissante force de la nature que j'étais moi aussi en naissant - que nous étions tous. Je ne crois pas à la formule "un noyé ne peut en sauver un autre". Surtout pas quand les deux futures noyées sont une mère et son enfant.
Voilà, Odile, ma réponse à ta problématique sur la confiance : j'ai confiance en la force de mon amour pour ma fille.
Sur le destin tragique du déterminisme familial : ne jamais le sous-estimer ; y acquiescer dans une certaine mesure (la liberté à la stoïcienne) ; le regarder bien en face et tenter de le distraire (tandis que mes descendants, peut-être, se feront la malle...)
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samedi, 03 mai 2008
Musique de Zombie (only for zombies)
11:08 Publié dans Les antinomies de la raison impure | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Musique Rob Zombie
vendredi, 02 mai 2008
Matthieu
Il m'envoie un texto. Il reprend contact après un mois de fierté masculine (j'ai décliné au dernier moment notre premier rencard - je me suis réveillée trop tard). Il aurait tout aussi bien pu disparaître pour de bon : ma mère est morte, le père de mes enfants vit chez sa mère, je ne crains plus rien.
Mais il m'envoie un texto. Bon point pour lui. J'me dis "cool". J'me dis "il est persévérant". J'me dis "il n'est pas rancunier". J'me dis surtout que je n'ai baisé qu'une seule fois depuis le mois d'août dernier, et que le psy m'énerve, à me traiter d'aboulique.
Depuis le début, il m'agace passablement quand même, avec sa manie des textos. Je l'interprète comme un manque de courage, la peur de se prendre un rateau en direct live, et je méprise profondément cette peur-là (oui parce que pour moi, le rateau est un plaisir masochiste comme un autre, le prendre à moitié me laisse toujours un goût amer, c'est un peu comme quand tu te masturbes et que par inattention tu jouis trop vite. Non pas que je préfère un rateau à un "oui", mais tant qu'à prendre un rateau...Et puis un rateau, c'est toujours "quelque chose" à se prendre dans la face, hein...Tu m'suis?)
Bref. Je l'appelle et je l'invite mercredi prochain. Je lui laisse le choix : un café en après-midi, un restaurant le soir, ou un concert de hard-rock un peu plus tard (l'un de mes élèves m'a invitée). J'ai l'esprit en paix car pour moi le plus difficile consiste à me décider à "voir le garçon". Mais une fois que je l'ai décidé, je suis parfaitement "décontractée". En particulier lorsque je ne suis pas amoureuse (mais lorsque je suis amoureuse, j'ai en général un train, voir dix d'avance sur lui, question initiative).
Il me rappelle (la première fois, je suis tombée sur son répondeur). Première impression : il a une grosse voix. J'avais oublié qu'il avait une aussi grosse voix. Ca m'excite. C'est un bon point pour lui, mais malheureusement, ça ne va pas durer longtemps.
Oui parce qu'au fil de la conversation, je m'habitue à sa grosse voix de mââââle et je remarque son accent marseillais. Pas l'accent marseillais sexy de la petite caillera inculte (certes) mais délicieusement SAUVAGE. Nan. L'accent marseillais du crétin de base. Déjà que j'ai eu un mal infini à prendre la décision de téléphoner...Même que j'ai banalisé ma soirée pour ça...TELEPHONER (à tous ceux et celles que j'aurais dû appeler depuis...un trimestre?)...Alors que j'avais sommeil et que j'étais ballonnée (j'me suis même dit qu'un de ces quatre, il faudrait que je me fasse une petite cure de Bifidus Actif, même si je n'aime pas les yaourts).
Et lui, qu'est-ce qu'il me fait? ALORS QUE CA FAIT PLUS D'UN MOIS QU'IL ME POURSUIT? Il veut PARLER!!!
Alors soit, je l'écoute. Parfois, j'essaie de m'intégrer socialement. Surtout quand je n'ai pas baisé depuis des mois et qu'il y a des épisodes que j'ai manqués, question mecs : j'essaie de comprendre, de m'adapter.
Le restaurant lui fait peur...
(!!!)
Je le fais un peu parler pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'une technique masculine à la con pour m'attirer chez lui plus rapidement mais...non.
Il enchaîne sur sa démarche (avoir demandé mon numéro de téléphone à son pote, qui est mon collègue de travail), qui lui paraît on ne peut plus "audacieuse". Je comprends dès lors que s'il se trouve audacieux, il doit me trouver complètement tarée (de cela j'ai l'habitude et aujourd'hui je m'en cogne, du moment que je ne suis pas amoureuse...) mais surtout que nous ne sommes pas près de passer aux "choses sérieuses" (et ça, ça m'ennuie un peu plus déjà...)
Qu'à cela ne tienne, j'ai décidé de "m'intégrer socialement". De ne plus me faire traiter d'"aboulique". De sortir, téléphoner, voir des gens, avoir des aventures, etc...etc...Alors je le questionne :
"Et à part ça, ça va? Ton boulot?" blablabli blablabla....(pendant ce temps, je pensais que j'avais mal au bide, que je n'en étais qu'à mon premier coup de fil et que j'avais eu tort d'accepter ne serait-ce que l'idée de commencer je ne sais quoi avec un, avec une...non, ce serait irrespectueux envers lui).
Et donc, plus il parlait et moins j'avais envie de lui. Ouais bon d'accord : je n'ai jamais eu envie de lui. Mais bon, sur un coup de tête...
Il voulait me connaître et tout...Alors que j'avais très envie de lui faciliter la tâche et de lui dire "Laisse tomber mec, toi et moi, ça ne va pas le faire."
Sans déconner, ce n'est pas ce que les mecs sont supposés aimer? Une fille qui ne pose et ne (se) pose pas de questions, qui veut simplement manger, boire, baiser, et se casser sans demander son reste? Et ne me raconte surtout pas qu'il est amoureux de moi, parce que comme il l'a lui-même reconnu nous n'avons quasiment pas parlé lors de notre première rencontre.
Alors quoi? Il veut me voir pour quoi à ton avis? Pour mon bac + 5 de philo ou pour mon cul qui était à son avantage ce jour-là?
Et du moment que je dis "okay mec", qu'a-t-il besoin de creuser l'affaire, hein, qu'a-t-il besoin d'essayer de créer un semblant d'illusion d'intérêt pour ma personne? J'ai vu avant lui ce qu'il y avait à voir, j'ai entendu et j'ai senti surtout.
Mais lui, il ne sait pas. Lui, il croit que j'ai du temps à perdre dans ces conneries hypocrites, dans ce respect des conventions à la con. Comme je l'ai explicité il y a deux notes, je sais qui me reconnaît et qui je reconnais. Le désir, c'est encore autre chose...
Et il est bien rare de trouver les deux en même temps.
D'ailleurs, quand d'aventure cela se produit, c'est le début des emmerdes véritables. Craignait-il vraiment que j'en manque, pour me tenir le crachoir pendant près de dix minutes, ce sagouin?
Il a intérêt d'être bon au lit.
22:07 Publié dans Chasse, pêche et traditions | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog
jeudi, 01 mai 2008
Economie
Au moment de rendre notre dernier souffle, que ne donnerions-nous pas pour gagner une année, un jour, une heure, une année pour voir notre petit fils entrer à l'université, un jour pour tenter de nous réconcilier avec un proche avec lequel nous nous sommes brouillés, une heure pour écouter une dernière fois cet album de Genesis découvert lorsque nous avions treize ans. Treize ans, une vie antérieure.
Combien d'années pourtant, combien de jours, combien d'heures, sans voir, sans écouter, sans jouir de tous nos sens de notre présence au monde?
Alors, lors de trop rares prises de conscience (un décès par exemple fournit l'occasion de ce genre de prises de conscience), nous tentons de revenir à l'essentiel, de "cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie", d'aimer au lieu de haïr, de profiter au lieu de saboter. Mais rapidement, et le silence de nos organes, et l'absence provisoire de la Mort (une salope très rusée), baissent le niveau de notre vigilance, et nous recommençons à nous prendre pour des dieux, à dilapider notre maîgre "fortune" (Fortuna, ae, f : le destin). Va expliquer à Simone criant sur Bernard parce qu'il a encore laissé traîner ses chaussettes sales que Bernard va mourir d'ici 20 ans d'un cancer du poumon et que cela relativise quelque peu l'importance du constat d'après lequel Bernard serait un crade doublé d'un phallocrate. Dis à Simone, alors qu'elle est rouge de colère : "Va tout de suite faire un petit bisou à Bernard, parce que Bernard est un homme ; que tous les hommes sont mortels ; que donc, en toute logique, Bernard est mortel". Je pense qu'elle te répondra : "qu'il crève!" après t'avoir foutu un pain. Et tu sais ce que je pense? Que c'est drôle et que Simone a raison.
L'essentiel de l'homme est dans le superflu.
23:40 Publié dans Ainsi parlait Alméria | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog
Parlez-moi d'amour
J'ai déjà parlé de Robin sous son identité réelle, lorsque je faisais ironiquement mention de la formulation intempestive de ces voeux de chasteté qui firent écho aux miens (sauf que les miens ne furent jamais consciemment prononcés). Puis j'ai endossé son identité sous le pseudo de "Robert" lorsque j'ai simulé le blog communautaire, pour des motivations beaucoup plus affectives qu'esthétiques : certaines personnes restent toujours "en moi" même lorsqu'elles sont absentes, je "suis leurs traces" mentalement, projette leur présence à mes côtés, tout simplement parce que le simple fait de savoir qu'elles existent, quelque part, me conforte dans l'importance de ma propre existence ; or c'est le cas de Jacques/Christophe- mon meilleur ami ; c'est le cas de Sofiane/Yacine - en équilibre instable entre l'eros et le thanatos ; et c'est le cas de Robin ; Alexandre est une caricature de plusieurs individus de sexe masculin, bourrins au grand coeur (et c'est aussi celui dans lequel je mets le plus de ma "personnalité" foldingo) ; quant à Xantippe, elle n'existait pas vraiment, mais elle ne me servait que de substrat pour les symptômes les plus inavouables (les trucs bien dégueux étaient pour elle ; les trucs sexy pour Alméria).
Tu pourrais demander pourquoi je fais ces précisions au sujet d'un truc qui n'existe déjà plus (mon faux blog communautaire) et qui, par ailleurs, n'aura pas duré bien longtemps (je ne sais même pas si j'ai tenu un mois...mais sans rien promettre, il n'est pas du tout exclu que je les fasse réapparaître à l'occasion). Simplement parce que j'aimerais parvenir à expliciter les sentiments (réjouissants pour une fois) que je ressens pour Christophe, Robin et Yacine. Et si j'aimerais y parvenir, en dehors du fait qu'il est toujours agréable de parler de choses agréables, c'est aussi parce que c'est une chose que je n'ai jamais réussi à faire correctement (cela s'entend) : parler avec justesse de mes sentiments, lorsqu'ils sont "positifs" (mais ce mot me paraît bien trop froid et objectif pour convenir à la situation et je regrette déjà de l'avoir employé). Enfin, parce que mon affection inconditionnelle pour ces trois personnes en dit long sur la mienne : ce n'est pas simplement que je les "apprécie" ni même que je les idéalise - c'est qu'elles sont toujours en moi ; inversément, j'ai cédé une partie de moi-même, une partie qui est restée avec eux tout en étant séparée d'eux. Ils ne sont pas les seuls : ma mère étant sans doute la figure la plus "envahissante" de tous. Ils sont simplement dans mon "actualité".
Mais revenons un moment à cette difficulté pour exprimer cette "chose" que je ressens pour eux. Je remarque chez eux le même "handicap", le plus handicapé de tous à mon sens étant Robin (relationnellement très "maladroit") et le plus doué Yacine, capable de dire, avec une déconcertante et adorable gentillesse, une chose aussi difficile que "merci" (alors que vous n'avez objectivement "rien" fait de particulier pour lui, si ce n'est lui montrer de l'intérêt). Sachez que je ne leur dis pas à quel point je les aime. Dans le cas extrême de Robin, particulièrement fragile sur ce point (c'est-à-dire qu'il a un énorme manque affectif et toutes les peines du monde à le reconnaître sans paniquer à mort), je m'interdis même de dépasser un certain "périmètre de sécurité affective" (un peu comme on procède avec n'importe quelle personne ayant été physiquement - et psychologiquement - abusée). Je ne l'ai jamais calculé ni réfléchi, je "l'ai senti comme ça" ; un peu comme s'il avait eu des barrières invisibles autour de lui ; comme il ne contrôle pas cette réaction de défense et que je ne contrôle pas moi-même cette hyper sensibilité aux messages implicites que les autres m'envoient, nous avons bien failli nous manquer. Entre midi et une heure, nous avons passé une heure à discuter ensemble, et un tiers n'aurait certainement pas manqué de remarquer la distance un peu gênée à laquelle nous nous tenions soigneusement l'un de l'autre (physiquement mais aussi dans la conversation en elle-même, très prudente). On sent bien qu'on veut se parler mais cela lui arracherait la gueule de l'admettre, et de mon côté ça m'arracherait la gueule de l'aider, ce qui donne ce genre de situations très drôles (pour quelqu'un d'extérieur), où tous les désirs inconscients trahissent la volonté consciente, et vice versa (j'insiste sur le vice versa).
Parce qu'il est beaucoup plus "spontané" et moins résistant que Robin, j'ai eu beaucoup moins de difficultés à manifester mon intérêt pour Yacine, dans une situation, cependant, où je n'avais pas le choix, une situation d'urgence (il risquait la mort). Mais même alors, je n'ai pas du tout exprimé l'étendue de ma compassion, je n'ai pas dit tous les mots que j'avais répétés mille et une fois dans ma tête, l'évidence de ma joie à contempler chaque jour la grâce inattendue de son apparition dans mon univers, et tout cet élan de courage et de générosité que je me sentais capable de fournir, de manière surprenante et folle et agréable, pour lui. Ce que j'appelle la rencontre avec cet autrui qui est ton frère humain. J'avais tout ça dans mon coeur, et c'était un truc en expansion, qui ne cessait de grossir de grossir et de m'élargir, de me rendre meilleure. Quelque chose qui m'incarnait, qui me donnait une présence au monde. Quelque chose qui me réveillait, qui me sortait de moi, de mes limites, de mes imperfections. Oserais-je nommer cela de "l'amour"? Robin se foutrait de ma gueule. Mais je ne vois pas d'autre mot, ou bien il faudrait en inventer un autre. Peu importe le nom, quoi qu'il en soit. Voilà ce que j'ai ressenti. Cependant, au moment de le lui transmettre, pour lui transmettre aussi un peu de cette force nouvelle que je lui devais, j'ai été au-dessous, bien au-dessous de tout ce que je vous décris là : j'ai résumé les choses, très rapidement, puis je suis vite partie. En gros : "je t'ai vu, je sais que tu ne vas pas bien, je suis là". Entendons-nous bien : il a compris le message puisque ça a marqué un tournant décisif dans notre relation. Je te parle là de cette reconnaissance silencieuse entre les êtres, reconnaissance pudique, réservée, parce qu'elle ne vise pas à prendre quelque chose à l'autre (ou de l'autre), qu'elle ne vise rien d'autre qu'à lui faire savoir qu'il est reconnu et que ce serait bien cool, qu'il continue d'être là. Toute la difficulté étant de ne jamais franchir cette limite qui risquerait de le dévorer (et de le supprimer en tant qu'autre), et inversément de ne pas s'éloigner au point de ne plus le voir.
Ils sont beaux parce qu'ils sont libres, je veux dire : parce que mon existence ne dépend pas de la leur et que la leur ne dépend pas de la mienne. Plaisir de les contempler, d'anticiper sur les surprises que ne manqueront pas de m'apporter leur parcours (en particulier pour Yacine et Robin, qui sont bien plus jeunes que moi), plaisir de les suivre à travers le temps.
Il faut que certaines choses aient une stabilité, une continuité dans le temps qui ne soit pas aliénation. Savoir que d'autres consciences existent, d'autres consciences qui sont comme autant de gardiens du monde, autant de gardiens de l'évidence joyeuse que j'ai pu ressentir, autant de gardiens de ma santé mentale. C'est une chose que je n'ai jamais réussi à atteindre dans le couple, probablement parce que le fait de ne faire "qu'un" avec un autre m'a toujours paru très proche de la solitude. Je ne fais le procès de personne : j'ai dévoré autant que ce que j'ai été dévorée. Tout ce que je puis en dire, c'est que la fusion ne calme pas mon angoisse de la solitude. Alors que si l'autre se tient à une distance raisonnable et me parle, même si c'est pour me faire chier comme Robin, je peux sentir sa présence rassurante.
Et c'est une chose qui n'a pas de fin. Et c'est une chose capable de lutter contre l'ordre du monde, les revers de la vie, le travail, la famille, la patrie, le Grand Sadique Manipulateur et même contre la mort. Mais même lorsque j'aurai dit tout cela, je n'aurai pas dit le quart encore de ce que je ressens pour eux. Et je crois bien que si je n'y parviens pas, c'est tout simplement parce que ces relations ont une existence propre et dynamique surtout qui brise n'importe quel cadre conceptuel.
Les respecter, c'est aussi taire tout ce qu'ils ne sont pas là pour éventuellement dédire.
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