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jeudi, 09 octobre 2008
Syndrôme Pré-Menstruel
David et Calypso disent souvent : "les bébés, ils sont dans le ventrou de maman". Je ne sais pas vraiment ce que cela signifie pour eux. Ca a fichu la frousse à ma famille parfois, tant l'idée reçue selon laquelle "la vérité sort de la bouche des enfants" (cela est vrai : mais les enfants s'expriment par énigmes, il faut un herméneute) est tenace. Comme toute maman j'aime leur rappeler encore et encore d'où ils viennent, peut-être bien pour réaliser moi-même tout le chemin parcouru (4 ans bientôt). Je me demande s'ils n'ont pas tout mélangé ; il est possible que l'erreur ne soit que temporelle, puisqu'ils confondent souvent "hier", "aujourd'hui", "demain", sans parler de "tout à l'heure" qu'ils associent à toutes leurs péripéties. Ou bien alors...mais là c'est moi qui fais cette projection très poétique : les enfants selon eux viendraient tous de mon ventrou, je serais...la matrice de l'univers.
Tous les mois, à l'approche de mes règles, je subis une dépression provoquée très certainement par une chute hormonale brutale, tant il est vrai, finalement, que nous sommes biologiquement déterminés. S'y greffent toutes sortes de fables dans ma tête, car il peut être nocif pour la logique d'être une obsessionnelle de la logique : il me faut toujours à n'importe quel prix tout expliquer. Aussi, quand je commence à sentir monter la vague dévastatrice prémenstruelle, j'attribue à ce raz-de-marée l'ampleur de ma fécondité contrariée : parce qu'elle n'a pas pu s'épanouir, il faut qu'elle saccage tout. En des termes plus matérialistes : je me dis que mon corps a déjà produit deux ovules simultanément, que mon utérus a ensuite supporté deux foetus pendant 8 mois, et enfin que mes seins ont nourri deux enfants pendant 3. Et je sens (ou alors j'imagine : mais cela revient au même, du moment que cette pensée s'impose à mon esprit avec autant de vivacité) que mon corps se prépare à ça tous les mois. Et c'est avec un désespoir immense, un désespoir proche de la folie dans ce qu'elle a de plus absolu (néantisation de la conscience) que je sens mon corps se vider. Je ne sais pas si mon corps me ressemble ou si je ressemble à mon corps, pour ce qui est de faire le ménage. Et recommencer, ce n'est pas tout oublier. Le plus difficile consistant justement à ignorer les cycles et les répétitions.
Tant d'enfants que je ne porterai pas.
Tant de livres que je n'écrirai pas.
Je cherchais, tout à l'heure, en rasant les murs brûlants de ma ville, pourquoi j'avais envie de pleurer, qui je pleurais, pourquoi ce goût amer dans la bouche et pourquoi cette sensation d'étrangeté en présence d'autrui. "Fous, me suis-je dit, ils sont tous fous." Ils n'ont rien fait de particulier, c'est difficile à expliquer justement, il y avait eux, s'agitant, vivant, riant, racontant des conneries, accordant une importance démesurée à des choses qui n'en avaient pas pour moi, et moi, qui n'avais envie que de pleurer, pleurer, et encore pleurer. Je me suis dit "J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans". Je me suis dit : "On dirait que je reviens d'entre les morts après un siècle d'absence, tant ce monde-ci me paraît étranger. De quoi parlent-ils? A quoi pensent-ils? A quoi ou à qui rêvent-ils?" Tout désir était mort en moi. Je me suis dit que je raconterais ça à mon psy, lorsqu'il reviendrait : "Ils sont tous fous" que je lui dirais, mais bien entendu, il ne pourrait pas comprendre, puisque je le compte parmi les fous. Je me demande bien soit dit en passant, pourquoi on fait psy si c'est pour prôner l'idéologie ambiante. Remarque, c'est peut-être ça, la fonction de la psychiatrie : réparer la machine défaillante, le grain de sable dans les rouages du système. Peut-être ne suis-je qu'une machine, puisque je suis biologiquement déterminée. Du reste, mon désespoir disparaîtra tantôt, avec le printemps de mon corps. Il est de ces moments où je me sens belle, il est de ces moments où je me souviens de la langue de mes frères.
Oui mais quand suis-je dans l'erreur? Lorsque nous nous parlons et que je crois comprendre (dialogue de sourds?) ou lorsque je ne dis rien parce que je ne comprends rien (aphasie?)
Je crois bien ne jamais m'être sentie chez moi bien longtemps. Et lorsque je pleurais ma Béatrice, je n'en oubliais pas moins qu'elle avait décidé de me quitter, de son plein gré, de nombreuses années déjà avant sa mort. Pourquoi donc si ce n'est parce qu'on est seul, vraiment seul sur le chemin qui nous mène de l'Enfer au Paradis, de la Caverne à la compréhension des choses, de l'amour à la mort.
Je pleurais Béatrice, je pleurais la fille de Béatrice, et je pleurais les enfants qu'avaient engendrés leurs ventres, ainsi que tous ceux qu'ils n'engendreraient pas.
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Commentaires
Après Alméria, le silence est encore d'Alméria :)
non, je passe mon tour pour dire une connerie badine...
Ecrit par : Jraf | mardi, 05 août 2008
La fonction des psys est de ne pas en avoir. La fin de la vie est d'en avoir une.
Dis-je, après avoir un peu réfléchi... ou cru réfléchir. Je t'embrasse.
Ecrit par : sancho | mardi, 05 août 2008
Hmmm...Sur ce coup-là je n'ai pas compris, Maître Jedi.
Ecrit par : Alm | jeudi, 07 août 2008
Oh, mais c'est que ça vient de ma réflexion... Alors voilà. Un psy n'est jamais plus utile que quand il te fait comprendre que tu n'as pas besoin de lui. Sa vraie fonction est donc de ne pas en avoir. Quant à la vie, elle est tragique, ce qui signifie en particulier qu'elle n'a pas de sens, pas de fin. On vit pour rien. Il ne reste plus qu'à en faire quelque chose quand même. Mais cela n'est possible que parce qu'elle se prête à cet objectif : en faire quelque chose. Oui, faire quelque chose de la vie, c'est une grâce curieuse qu'on trouve dans la vie, elle qui n'est pas une grâce; Il faut donc admettre qu'il y a bien une fin, une fin qu'on trouve et qui ne dépend pas de nous : donner une fin à notre vie. Voilà, pour ma glose.
Ecrit par : sancho | jeudi, 07 août 2008
Sancho : d'accord ; en réalité je réfléchis à une conséquence de ce que tu viens de dire. Tu verras.
Ecrit par : Alm | vendredi, 08 août 2008
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