vendredi, 02 mai 2008

Matthieu


podcast

Il m'envoie un texto. Il reprend contact après un mois de fierté masculine (j'ai décliné au dernier moment notre premier rencard - je me suis réveillée trop tard). Il aurait tout aussi bien pu disparaître pour de bon : ma mère est morte, le père de mes enfants vit chez sa mère, je ne crains plus rien.

Mais il m'envoie un texto. Bon point pour lui. J'me dis "cool". J'me dis "il est persévérant". J'me dis "il n'est pas rancunier". J'me dis surtout que je n'ai baisé qu'une seule fois depuis le mois d'août dernier, et que le psy m'énerve, à me traiter d'aboulique.

Depuis le début, il m'agace passablement quand même, avec sa manie des textos. Je l'interprète comme un manque de courage, la peur de se prendre un rateau en direct live, et je méprise profondément cette peur-là (oui parce que pour moi, le rateau est un plaisir masochiste comme un autre, le prendre à moitié me laisse toujours un goût amer, c'est un peu comme quand tu te masturbes et que par inattention tu jouis trop vite. Non pas que je préfère un rateau à un "oui", mais tant qu'à prendre un rateau...Et puis un rateau, c'est toujours "quelque chose" à se prendre dans la face, hein...Tu m'suis?)

Bref. Je l'appelle et je l'invite mercredi prochain. Je lui laisse le choix : un café en après-midi, un restaurant le soir, ou un concert de hard-rock un peu plus tard (l'un de mes élèves m'a invitée). J'ai l'esprit en paix car pour moi le plus difficile consiste à me décider à "voir le garçon". Mais une fois que je l'ai décidé, je suis parfaitement "décontractée". En particulier lorsque je ne suis pas amoureuse (mais lorsque je suis amoureuse, j'ai en général un train, voir dix d'avance sur lui, question initiative).

Il me rappelle (la première fois, je suis tombée sur son répondeur). Première impression : il a une grosse voix. J'avais oublié qu'il avait une aussi grosse voix. Ca m'excite. C'est un bon point pour lui, mais malheureusement, ça ne va pas durer longtemps.

Oui parce qu'au fil de la conversation, je m'habitue à sa grosse voix de mââââle et je remarque son accent marseillais. Pas l'accent marseillais sexy de la petite caillera inculte (certes) mais délicieusement SAUVAGE. Nan. L'accent marseillais du crétin de base. Déjà que j'ai eu un mal infini à prendre la décision de téléphoner...Même que j'ai banalisé ma soirée pour ça...TELEPHONER (à tous ceux et celles que j'aurais dû appeler depuis...un trimestre?)...Alors que j'avais sommeil et que j'étais ballonnée (j'me suis même dit qu'un de ces quatre, il faudrait que je me fasse une petite cure de Bifidus Actif, même si je n'aime pas les yaourts).

Et lui, qu'est-ce qu'il me fait? ALORS QUE CA FAIT PLUS D'UN MOIS QU'IL ME POURSUIT? Il veut PARLER!!!

Alors soit, je l'écoute. Parfois, j'essaie de m'intégrer socialement. Surtout quand je n'ai pas baisé depuis des mois et qu'il y a des épisodes que j'ai manqués, question mecs : j'essaie de comprendre, de m'adapter.

Le restaurant lui fait peur...

(!!!)

Je le fais un peu parler pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'une technique masculine à la con pour m'attirer chez lui plus rapidement mais...non.

Il enchaîne sur sa démarche (avoir demandé mon numéro de téléphone à son pote, qui est mon collègue de travail), qui lui paraît on ne peut plus "audacieuse". Je comprends dès lors que s'il se trouve audacieux, il doit me trouver complètement tarée (de cela j'ai l'habitude et aujourd'hui je m'en cogne, du moment que je ne suis pas amoureuse...) mais surtout que nous ne sommes pas près de passer aux "choses sérieuses" (et ça, ça m'ennuie un peu plus déjà...)

Qu'à cela ne tienne, j'ai décidé de "m'intégrer socialement". De ne plus me faire traiter d'"aboulique". De sortir, téléphoner, voir des gens, avoir des aventures, etc...etc...Alors je le questionne :

"Et à part ça, ça va? Ton boulot?" blablabli blablabla....(pendant ce temps, je pensais que j'avais mal au bide, que je n'en étais qu'à mon premier coup de fil et que j'avais eu tort d'accepter ne serait-ce que l'idée de commencer je ne sais quoi avec un, avec une...non, ce serait irrespectueux envers lui).

Et donc, plus il parlait et moins j'avais envie de lui. Ouais bon d'accord : je n'ai jamais eu envie de lui. Mais bon, sur un coup de tête...

Il voulait me connaître et tout...Alors que j'avais très envie de lui faciliter la tâche et de lui dire "Laisse tomber mec, toi et moi, ça ne va pas le faire."

Sans déconner, ce n'est pas ce que les mecs sont supposés aimer? Une fille qui ne pose et ne (se) pose pas de questions, qui veut simplement manger, boire, baiser, et se casser sans demander son reste? Et ne me raconte surtout pas qu'il est amoureux de moi, parce que comme il l'a lui-même reconnu nous n'avons quasiment pas parlé lors de notre première rencontre.

Alors quoi? Il veut me voir pour quoi à ton avis? Pour mon bac + 5 de philo ou pour mon cul qui était à son avantage ce jour-là?

Et du moment que je dis "okay mec", qu'a-t-il besoin de creuser l'affaire, hein, qu'a-t-il besoin d'essayer de créer un semblant d'illusion d'intérêt pour ma personne? J'ai vu avant lui ce qu'il y avait à voir, j'ai entendu et j'ai senti surtout.

Mais lui, il ne sait pas. Lui, il croit que j'ai du temps à perdre dans ces conneries hypocrites, dans ce respect des conventions à la con. Comme je l'ai explicité il y a deux notes, je sais qui me reconnaît et qui je reconnais. Le désir, c'est encore autre chose...

Et il est bien rare de trouver les deux en même temps.

D'ailleurs, quand d'aventure cela se produit, c'est le début des emmerdes véritables. Craignait-il vraiment que j'en manque, pour me tenir le crachoir pendant près de dix minutes, ce sagouin?

Il a intérêt d'être bon au lit.